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L’accession à l’indépendance et l’exercice du rôle de chef de l’opposition

À la veille de l’indépendance, le parti de Jean-Hilaire Aubame, minoritaire à l’Assemblée, ambitionne de renforcer son ancrage politique à l’occasion des élections des 28 conseils de district prévues le 19 juin 1960. Ces nouvelles institutions représentatives, compétentes en matière économique et sociale à l’échelle locale, constituent un test politique déterminant pour l’Union démocratique et sociale gabonaise (UDSG). Toutefois, un redécoupage des circonscriptions modifie les conditions du scrutin, permettant au parti au pouvoir d’obtenir une large majorité avec 244 sièges répartis dans 23 conseils, tandis que l’UDSG se voit attribuer 77 sièges.


Proclamation de l’indépendance et crise institutionnelle

L’indépendance du Gabon est proclamée le 17 août 1960. Dans les mois qui suivent, la majorité gouvernementale est traversée par de profondes dissensions internes. Un différend oppose notamment le président de l’Assemblée nationale, Louis Bigmann Gondjout, partisan d’un régime parlementaire, à Léon Mba, favorable à l’instauration d’un régime présidentiel.

Dans ce contexte de tensions, Jean-Hilaire Aubame privilégie une démarche de conciliation entre les différentes forces politiques. Le 4 novembre 1960, une Constitution de type parlementaire est adoptée. Cependant, cette orientation institutionnelle est rapidement remise en cause : dès le 9 novembre, le chef de l’État en transgresse les dispositions, puis fait arrêter, le 16 novembre, le président de l’Assemblée nationale et plusieurs de ses alliés, en dépit de leur immunité parlementaire. Le lendemain, l’Assemblée nationale est dissoute, une décision qui affecte sensiblement la popularité du pouvoir en place et conduit le président à rechercher l’appui du chef de l’opposition.


Compromis politiques et participation gouvernementale

Dans un climat politique fragilisé, Jean-Hilaire Aubame adopte une posture conciliante. À l’occasion des élections législatives du 12 février 1961, il accepte la constitution de listes d’union nationale, au sein desquelles son parti ne se voit attribuer que 30 % des sièges. Sa candidature est par ailleurs déplacée dans la province de l’Ogooué-Maritime, où son influence électorale est plus limitée que dans son fief du Woleu-Ntem.

Il renonce également à briguer la présidence de la République, laissant Léon Mba être élu candidat unique. Le 21 février 1961, une nouvelle Constitution est adoptée, conférant l’essentiel des pouvoirs au président de la République, alors même que Jean-Hilaire Aubame demeurait favorable à un régime parlementaire. En reconnaissance de son soutien, il est nommé ministre des Affaires étrangères.


Rupture politique et affirmation de l’opposition

La rupture entre les deux hommes intervient lorsque le chef de l’État demande à Jean-Hilaire Aubame de dissoudre l’UDSG afin d’instaurer un système de parti unique au profit du Bloc démocratique gabonais (BDG). Refusant cette orientation, il voit, le 19 février 1963, l’ensemble des ministres issus de l’UDSG révoqués, à l’exception de François Meye, qui choisit de se rallier au pouvoir.

Dans un contexte marqué par des manœuvres politiques, Jean-Hilaire Aubame est nommé, le 25 février 1963, président de la Cour suprême. Invoquant une incompatibilité entre cette fonction et son mandat parlementaire, le chef de l’État exige sa démission de l’Assemblée nationale. Jean-Hilaire Aubame choisit alors de renoncer à la présidence de la Cour suprême, déjouant ainsi cette tentative d’éviction.


Refus du processus électoral et contestation du pouvoir

Peu après, le 21 janvier 1964, le président de la République dissout l’Assemblée nationale, alors même que celle-ci lui était largement acquise. Jean-Hilaire Aubame annonce alors publiquement son refus de participer au scrutin à venir, qu’il considère dépourvu des garanties nécessaires à un processus électoral équitable. Cette position marque son affirmation pleine et entière comme chef de l’opposition, attaché à la défense du pluralisme politique et de l’État de droit dans le Gabon nouvellement indépendant.

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